Histoire et patrimoine



 

  La Bâtie-Montgascon :

Croix-Rousse du Bas-Dauphiné


   Les nombreux usagers de la Nationale 516 qui, de la Tour du Pin, par Saint-Genix sur Guiers et le tunnel du Chat mène à Aix-les Bains et Chambéry connaissent bien La Bâtie-Montgascon, bourg vivant et animé et halte appréciée à mi-chemin entre Lyon et Grenoble, proche des portes de la Savoie.
   Mais combien d'entre eux savent-ils qu'il fut un temps 'la Croix-Rousse du Bas-Dauphiné', ainsi l'avait heureusement dénommé et à juste titre un chroniqueur de la Radio Lyonnaise, commentant l'étonnante prospérité de l'industrie de la soie en cette modeste commune. A quoi tenait-elle et comment l'expliquer, c'est une vieille histoire qui se confond avec celle de l'expansion du tissage dans la région.

1- Un peu d'histoire.

   Dès le XVIIIe siècle la Bâtie-Montgascon compte de nombreux Peigneurs de Chanvre. Elle devient au XIXe siècle une citée industrieuse vouée au textile d'abord par la fabrication des toiles dites ' de Voiron ' puis, à la soie, par l'implantation rapide et progressive de la soierie lyonnaise après les tragiques émeutes des canuts en 1831 et 1834 qui virent chefs d'ateliers et compagnons se soulever pour la défense de leurs légitimes revendications.


   Les fabricants et marchands organisèrent alors sur une grande échelle un vaste mouvement de décentralisation qui se porta particulièrement sur le Bas-Dauphiné qui leur offrait une abondante main-d'oeuvre rurale (on comptait vers la fin du siècle dernier 140 habitants au kilomètre carré à la Bâtie !) moins exigeante, pour laquelle le tissage constituait un appoint appréciable. Au fil des ans, cette extension se poursuivit.

  Peu à peu, les métiers mécaniques remplaçaient les métiers à bras et chacun tissait la soie dans les cantons de la Tour du Pin et de Pont de Beauvoisin. ' Le métier mécanique meuble le foyer comme ailleurs la machine à coudre ou la table d'horlogerie '. Une statistique de 1914 ne donne plus que 80 métiers à bras en usine et 382 à domicile pour le canton de Pont de Beauvoisin.

  Après la grande guerre, c'est l'agonie définitive, on n'en compte plus que quelques uns à la Bâtie sur lesquels de véritables artistes tissent de somptueuses étoffes à la cadence de quelques centimètres par jour alors qu'on y dénombre environ 1000 métiers mécaniques pour 1200 habitants!


2- La belle époque. 

   Et nous voici vers 1950, après la chaude alerte de la grave crise mondiale de 1929-1930 et les difficultés de la guerre et de l'occupation. Citons de nouveau des chiffres qui confirment éloquemment le surnom envié et mérité donné alors à notre petite cité.
Six usines importantes comptant en moyenne une soixantaine d'ouvriers, une douzaine d'autres plus modestes et près de quarante ateliers artisanaux disséminés dans tous les hameaux où partout, retentissait jusque dans les coins les plus reculés le rythme scandé des battants et des navettes. Au total plus de 700 métiers servis par 350
ouvriers et ouvrières ! Gareurs, tisseurs, dévideuses, ourdisseuses, canetteuses, manoeuvres, apprentis produisant mensuellement jusqu'à 120.000 mètres de tissu.
   Ajoutons une usine d'impression sur étoffes, un moulinage, quatre ateliers de tullistes, un fabricant de navettes, toutes activités complémentaires de la soierie.C'était la vie facile, l'euphorie même, le commerce florissant, les distractions nombreuses, la belle époque en un mot.



   3- Sombres Jours.

   Il ne reste hélas plus rien aujourd'hui de ce riche et récent passé. Le compte est vite fait : plus d'usine. Une inexorable récession amorcée vers les années 60 a provoqué, en guère plus d'une décennie, la disparition totale d'une industrie qui faisait la fortune du pays. Les causes en sont multiples : difficultés économiques accrues par la crise pétrolière, charges toujours croissantes, concurrence étrangère, diminution des exportations, insuffisance et lenteur de la modernisation, et il faut bien le dire, désintéressement prolongé des pouvoirs publics.


4.La Bâtie aujourd'hui.

   Si la cession de l'activité textile a porté un coup sérieux à la prospérité de la Bâtie-Montgascon, ses habitants ont su faire face pour garder à leur cité sa réputation d'une terre vivante, animée, hospitalière, où il fait bon vivre.
De ce bon vieux temps hélas disparu, le souvenir demeure vivace au coeur des canuts dont quelques uns animés d'une foi et d'une ardeur communicative ont formé l'ambitieux projet de le perpétuer au sein de ce 'Musée du Tisserand Dauphinois' patiemment constitué. Tous les amoureux du passé peuvent ainsi y revivre les fastes de ' la Croix-Rousse du Bas-Dauphiné ', fredonnant avec eux la vieille complainte.
 


« Le Tisserand dès l 'aube se démène  
Tout en croisant la trame avec la chaîne...  
Un fil cassé, du temps perdu,  
Comment, pourrai je avoir mon dû...  
En poussant la navette, le beau temps viendra ... »



Ainsi notre patrimoine sauvegardé retrouve sa bonne place dans notre commune.

 
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